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LES SENTINELLES DE LA VIE
Une abeille butine inlassablement, elle se pose délicatement sur une fleur, pompe le pollen, décolle, tournicote et se pose à nouveau. En la regardant travailler j’ai l’impression qu’elle est née uniquement pour cela, comme si elle était en compétition avec ses congénères pour rapporter à la ruche une plus grosse quantité que sa copine. Si quelqu’un a observé une abeille il y a mille ans, son ressenti devant l’insecte a dû être le même que le mien aujourd’hui, et si quelqu’un d’autre est à ma place dans mille ans de plus, sa description pourra elle aussi se rapprocher de la mienne. Il ne se passera rien de plus ni rien de moins.

Ce phénomène est intemporel, on n’est ni surpris ni étonné. Alors pourquoi, lorsqu’il s’agit de la maternité, avons nous toutes l’impression que c’est l’événement du siècle et que notre grossesse sera différente de celle des autres ?
Pourquoi sommes nous si perturbées, même avec la pensée rassurante que notre bébé sera le plus beau ? La future maman se retrouve avec la double casquette d’acteur et de spectateur; son ventre va la placer au centre des regards tandis qu’elle-même va constater jour après jour l’évolution de sa grossesse. Il ne s’agit pas d’un événement extérieur dont elle ne serait que l’observatrice comme le sont les futurs papas, mais d’une transformation radicale qui investit ses entrailles et par dessus le marché avec un toupet qui échappe au contrôle de la volonté en faisant hésiter entre la fierté de s’attribuer la fabrication de cet enfant et l’humilité de se sentir bénie des Dieux par l’arrivée d’une âme nichée au plus profond de soi. (...)
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